A propos du dialogue inclusif – Christian Mwando : « En excluant une partie de ceux qui portent les armes, on aura difficile à résoudre le problème sécuritaire dans l’Est de la RDC »

La problématique de l’organisation d’un dialogue national inclusif entre les parties prenantes congolaises a été au cœur d’un débat, cette semaine, sur Radio Okapi. C’était dans le cadre du magazine “Dialogue Entre Congolais”. Et parmi les intervenants à ce choc d’idées, il y avait l’Honorable Christian Mwando Nsimba Kabulo, haut cadre du parti “Ensemble pour la République”, qui intervenait pour le compte de la Coalition de l’opposition “C64”. D’entrée de jeu, il a expliqué pourquoi ont-ils répondu favorablement à la demande du Tandem ECC-CENCO de sursoir à la marche que la C64 comptait organiser le 22 juillet dernier.

« Le dialogue, tel qu’il a été défini à la dernière rencontre entre le Président de la République et les Evêques a répondu pratiquement à nos attentes.

 Parce que la question de l’inclusivité était, pour nous, parmi les mots clés qu’il fallait retrouver. Il y a également le respect des institutions et de la constitution. Donc, dès lors que ce dialogue a été défini comme telle, en attendant sa mise en œuvre effective par une ordonnance présidentielle, nous avons considéré que nous pouvions donner la chance à ce dialogue-là. D’autant plus qu’il faut le dire et revenir là-dessus qu’il y a quelques temps, les évêques de l’ECC et de la CENCO étaient déjà vilipendés, mis hors course. Vous avez suivi la tentative, l’année dernière de mettre en place une sorte de dialogue avec le Conseiller spécial du Président de la République, dialogue auquel nous avions refusé de participer. Donc à partir du moment où le dialogue revient dans le cadre ou schéma tracé par le tandem ECC/CENCO, nous avions jugé bon de donner la chance à ce dialogue, parce que l’objectif ultime que nous avons tous, c’est quand-même de construire ou reconstruire un pays uni et qui reprend la voie du développement. Et surtout que nous sommes tous des frères congolais, et il n’y a pas, entre nous, des problèmes insolubles tant que nous mettons au centre l’amour de la patrie, à travers un dialogue inclusif. Grosso modo, nous avons décidé de faire l’économie d’une manifestation avec les conséquences qui auraient pu en découler. Pour rappel, vous avez vu ce qui s’est passé lors de notre dernière manifestation, il y aurait pu y avoir mort d’hommes. Dès lors que nous sentons qu’il y a cette main tendue, nous voulons laisser une chance au dialogue. Bien que nous ne sommes pas naïfs, c’est pour ça que nous avons donné non pas des ultimatums mais nous nous sommes fixés des délais pour voir, concrètement, comment on évolue avec la proposition qui a été faite », a-t-il indiqué.

Revenant sur la controverse autour de l’ajournement de la marche du 22 juillet, Christian Mwando a précisé que cette décision avait été prise, à l’issue d’une réunion de la conférence des présidents de la Coalition C64, au cours de laquelle “tous les participants ont voté et accepté de donner une chance au dialogue en suspendant les manifestations jusqu’au 15 Août.”

Autre point abordé lors de ce débat sur le dialogue national inclusif est celui de l’agenda de ces assises en gestation. Pour la Majorité présidentielle, il sera question de condamner l’agression rwandaise. A contrario, le député élu de Moba pense que le dialogue doit porter non seulement sur l’agression rwandaise mais également sur des questions de gouvernance pour trouver un remède à l’affaiblissement de l’État congolais.

« Pour nous, c’est d’abord la question de la sécurité et de l’agression extérieure de la RDC par le Rwanda qui est fondamentale. On doit retrouver l’intégrité du territoire, réunifier notre pays et le pacifier. Deuxièmement, nous devons traiter la question de la gouvernance, parce que c’est parmi les éléments qui à la base de l’affaiblissement de notre Etat. Parce qu’il n’est pas quand-même normal qu’un Etat grand comme le Congo soit tout le temps battu par un petit pays comme le Rwanda ! Nous avons un problème de gestion de notre pays. C’est pourquoi nous devons examiner toutes ces questions de gouvernance et parler des questions de réforme nécessaire dans notre pays pour arriver à la réunification du pays, à la consolidation du développement et également à l’organisation des élections, qui sont prévues en 2028. On doit voir toutes ces questions institutionnelles qui nous aiderons à voir ce que nous devons faire ensemble pour avoir un Etat plus crédible et plus fort et quelles sont les réformes qui doivent être entreprises. Donc, si nous nous limitons juste à condamner l’agression Rwandaise, après nous gardons toujours un Etat aussi faible sans réforme ou proposition de réformes nécessaires pour nous renforcer et éviter que cela ne revienne, nous n’aurons rien fait », a insisté l’Honorable Christian Mwando.

Toujours au sujet de ce dialogue à venir, le Président de l’unique Groupe parlementaire de l’opposition à l’Assemblée nationale insiste sur le caractère inclusif de ce forum. Pour lui, toutes les parties prenantes à la crise politico-sécuritaire, congolaise doivent y participer, y compris l’AFC/M23.

« (…) Il faut que ce dialogue serve à renforcer l’unité nationale et la cohésion. Cependant, il faut reconnaître que pour nous, l’AFC/M23, Sauvons le Congo, et les autres forces politiques et même rebelles doivent absolument être parties prenantes à ce dialogue, parce qu’on excluant une partie de ceux qui portent notamment les armes, je crois qu’on aura difficile à régler définitivement le problème. Parce que, même si certains sont traités de pantins, il faudrait qu’on les écoute, il faudrait qu’on sache pourquoi ils ont accepté de jouer tel ou tel autre rôle. Car, souvent, il faut considérer également que les fautes sont partagées. Donc, pour nous, l’inclusivité veut dire que tous les congolais (de tout rang) doivent faire partie du dialogue. Et de la même manière que nous exigeons que cette inclusivité soit respectée, nous insistons également qu’il n’est pas question de continuer avec le processus que nous avions d’énoncé depuis le début. Nous avons prévenu le pouvoir en place que ce n’était pas le moment de commencer à mettre en place des lois ou des choses qui vont nous diviser davantage, comme ce projet de loi référendaire et ce projet de changement de la constitution. Dans le cadre de l’apaisement, je crois que ce genre de débats devrait être mis de côté.  De la même manière que nous nous avons suspendus des marches, nous considérons que revenir avec ces débats sur le changement de la constitution, serait une sorte de provocation », a-t-il martelé.

Et Christian Mwando n’a pas manqué de recadrer ceux qui estiment que ceux qui ont pris les armes contre la République n’ont pas leur place à ce dialogue et que leur sort doit être réglé par les cours et tribunaux.

« Au sujet des congolais qui ont le sang sur les mains, moi, je pense que la justice doit suivre son cours mais, elle doit se faire dans un climat de ni vainqueur ni vaincu, parce qu’il ne faudrait pas que les uns, puisqu’ils sont en position de force, disent que les autres ne peuvent pas participer à ce dialogue.

Il faudrait que tout le monde discute, parce que l’AFC/M23 notamment, ils sont déjà en discussion avec le Gouvernement congolais. On ne peut pas nous dire que voilà ces gens ne peuvent pas participer au dialogue parce que, non, ils sont déjà en discussion déjà avec le Gouvernement. Mais alors qu’est-ce qu’ils discutent à deux, car quand vous suivez les projets de protocoles qu’ils ont mis en place, il y a des questions de gouvernance électorale, d’identité, de nationalité qu’ils discutent là-bas. De quoi ils discutent là-bas qu’ils ne peuvent pas discuter avec d’autres congolais ?”, s’est interrogé, Christian Mwando Nsimba, qui a conclu son intervention par cet appel au rassemblement à ses compatriotes congolais, impliqués dans la recherche des voies et moyens, pour restaurer définitivement la paix et l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national : « Nous allons tous à ce dialogue inclusif, en nous considérant d’abord comme frères, et en considérant que le Congo est notre héritage commun et que nous le léguer, entier et prospère, à nos enfants, comme nous l’ont légué nos parents », a-t-il exhorté.

JR Mokolo

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