Dialogue national : Dieudonné Nkishi et le Front Anti-Dialogue mettent en garde contre toute prime à la violence

Dans une déclaration politique signée par son Coordonnateur, Dieudonné Nkishi, le Front Anti-Dialogue réaffirme sa ferme opposition à tout processus politique susceptible de consacrer les effets d’une agression armée ou d’accorder une légitimité aux groupes rebelles par le biais de concessions institutionnelles. Revenant sur l’évolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, cette plateforme estime que les précédents processus de paix ont, à plusieurs reprises, favorisé une « économie politique de la guerre » en ouvrant la voie à l’intégration des mouvements armés dans les institutions de la République. Si elle prend acte de l’annonce par le Président de la République de la convocation d’un dialogue national inclusif, elle indique toutefois réserver sa position définitive jusqu’à la publication de l’ordonnance présidentielle, qui devra préciser le cadre juridique, les objectifs, les modalités ainsi que les participants. Pour le Front Anti-Dialogue, seul un dialogue organisé dans le strict respect de la Constitution, de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale peut contribuer au renforcement de l’État et à la consolidation de la paix, à l’exclusion de toute démarche qui ferait de la violence un moyen d’accès aux responsabilités politiques.

POINT DE VUE DU FRONT ANTI-DIALOGUE SUR L’EVOLUTION ACTUELLE DE LA SITUATION POLITIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

L’évolution actuelle des événements politiques en République démocratique du Congo s’inscrit dans une dynamique où les réalités militaires, diplomatiques, constitutionnelles et géopolitiques se recomposent profondément.

L’agression de la RDC par le Rwanda, largement documentée par plusieurs rapports internationaux, n’a pas seulement modifié le rapport de force sur le terrain ; elle a également transformé les stratégies politiques des acteurs impliqués dans le conflit. Les objectifs demeurent largement les mêmes, mais les méthodes, les discours et parfois les acteurs chargés de les porter ont évolué.

Depuis plus de deux décennies, un schéma politique s’est régulièrement reproduit dans l’Est de la RDC : une rébellion soutenue de l’extérieur conquiert une partie du territoire national, crée une situation de fait accompli, puis exige l’ouverture de négociations politiques. Les différents accords conclus au fil des années ont souvent débouché sur des mécanismes de brassage, de mixage, d’intégration des combattants dans les forces de défense et de sécurité, d’amnisties, de grâces présidentielles ou encore sur la transformation de mouvements armés en partis politiques. Cette pratique, abondamment analysée par la doctrine en matière de consolidation de la paix, a malheureusement contribué à institutionnaliser une forme de récompense de la violence politique au détriment de la légitimité démocratique et de l’autorité de l’État.

Le Front Anti-Dialogue considère que cette stratégie constituait une véritable économie politique de la guerre. L’occupation successive de Bunagana, puis de Goma et de Bukavu poursuivait manifestement l’objectif de créer un rapport de force militaire permettant d’imposer, sous pression, un dialogue politique dont les résultats étaient déjà anticipés : partage du pouvoir, intégration des groupes armés, réhabilitation politique de leurs dirigeants et redistribution des responsabilités institutionnelles. Une telle logique est incompatible avec les principes fondamentaux de l’État de droit, puisqu’elle substitue la force des armes à la souveraineté populaire comme mode d’accès aux responsabilités publiques.

Cependant, cette fois-ci, les calculs des promoteurs de cette stratégie semblent avoir été largement contrariés. Grâce à une intense activité diplomatique, le soutien extérieur à l’agression a été davantage documenté et dénoncé sur la scène internationale. Plusieurs responsables rwandais et individus impliqués dans le soutien aux groupes armés ont fait l’objet de sanctions internationales, illustrant une évolution significative de la perception internationale du conflit. Cette évolution confirme qu’aucune paix durable ne peut être construite sur la légitimation de l’agression contre un État souverain.

Sur le plan constitutionnel, il convient de rappeler que la République démocratique du Congo est fondée sur le principe de la souveraineté nationale consacré par l’article 5 de la Constitution, selon lequel la souveraineté appartient au peuple qui l’exerce directement ou par ses représentants. De même, l’article 63 impose à tout Congolais le devoir sacré de défendre la Patrie ainsi que son intégrité territoriale face à toute agression ou tentative de prise du pouvoir par la force. Enfin, en vertu de l’article 69 de la Constitution, le Président de la République est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du fonctionnement régulier des institutions. C’est dans l’exercice de cette responsabilité constitutionnelle qu’il lui appartient d’apprécier les mécanismes susceptibles de renforcer la cohésion nationale.

C’est pourquoi le Front Anti-Dialogue établit une distinction essentielle entre deux réalités fondamentalement différentes. D’une part, un dialogue imposé par une rébellion armée ou par des puissances étrangères dans le but de consacrer les effets de l’agression serait contraire à l’esprit de la Constitution et au principe de souveraineté nationale. D’autre part, un dialogue convoqué librement par les institutions légitimes de la République, dans le respect de la Constitution et de la souveraineté du peuple congolais, relève des prérogatives normales de l’État et participe des mécanismes démocratiques de recherche du consensus national.

Le Front Anti-Dialogue estime avoir joué un rôle citoyen important en alertant l’opinion publique sur les risques d’un dialogue qui, à un moment donné, semblait être conçu comme la conséquence d’une prétendue défaite militaire de la République. Plusieurs acteurs politiques et religieux réclamaient alors un processus dont les prémisses reposaient implicitement sur l’acceptation d’un rapport de force créé par les armes. Une telle approche revenait à reconnaître une légitimité politique à la violence, alors que les principes de la démocratie constitutionnelle exigent que toute conquête du pouvoir procède exclusivement de la volonté souveraine du peuple exprimée dans le respect de la Constitution.

L’histoire des conflits enseigne qu’une paix durable ne peut être fondée sur l’impunité ni sur la répétition des mêmes compromis qui alimentent les cycles de violence. Les travaux de la science politique sur la consolidation de l’État montrent qu’un État se renforce lorsqu’il fait prévaloir la légalité constitutionnelle sur les rapports de force militaires, lorsqu’il garantit le monopole de la violence légitime au sens de Max Weber et lorsqu’il refuse que les armes deviennent un mode ordinaire de participation à la compétition politique.

Dans ce contexte, le Front Anti-Dialogue prend acte de l’annonce de la convocation d’un dialogue national inclusif par le Président de la République. Il attend la publication de l’ordonnance présidentielle afin d’en apprécier le cadre juridique, les objectifs, les modalités d’organisation, les participants ainsi que les matières qui seront soumises aux échanges. Son appréciation définitive reposera sur un principe simple : tout dialogue doit avoir pour finalité le renforcement de l’État, la consolidation de la Nation, la défense de l’intégrité territoriale, la préservation de la souveraineté nationale et le respect strict de la Constitution. En revanche, le Front s’opposera, avec la même détermination qu’hier, à toute initiative qui viserait à transformer l’agression armée en instrument de négociation politique ou à conférer une quelconque prime à la violence contre la République.

Dieudonné Nkishi

Coordonnateur du Front Anti-Dialogue

Articles connexes

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Restez connecté

0FansLike
0FollowersFollow
0SubscribersSubscribe
- Advertisement -spot_img

Derniers articles